Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

  • Cathy Ferré
  • Bolivie
Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

Après le départ de Nicole, (voir page sur La Paz), j'ai enfin réussi à rejoindre le sud de pays. Souvenez-vous: à Sucre, à cause du blocage de Potosí, on avait dû changer nos plans et renoncer au trajet prévu qui devait nous mener à Tarija, Tupiza et au salar de Uyuní. La belle boucle dessinée sur la carte de Bolivie s'est peu à peu transformée en zigzag; ce sont les aléas du voyage et dans ce pays en particulier, mieux vaut s'adapter.

Mais Julia m'attendait à Tarija et il était hors de question pour moi de ne pas rendre visite aux paysannes de la Confédération Bartolina Sisa dont France Amérique Latine soutient le projet de radio communautaire. J'ai donc pris un vol La Paz-Tarija dans un petit coucou de la compagnie Amazonas: 50 euros, une demi-heure d'avion au lieu de 15 heures de bus, une vue imprenable sur El Alto et les montagnes, et à l'arrivée 32 degrés, ce qui m'a permis de ranger pour un temps bonnet et gants en laine de lama, de ressortir les tee-shirts et sandales qui attendaient sagement au fond de mon sac des températures plus clémentes que dans les derniers lieux où j'étais passée et d'emmagasiner un peu de chaleur avant l'expédition de Uyuní.

J'ai passé quatre jours passionnants, solidaires et fraternels à Tarija où j'ai été accueillie comme un membre de la famille par Julia Ramos, son mari Alejandro, ses enfants Anita et Gustavito, les animatrices de la radio Madre Tierra- Pachamama et les Bartolinas.

Rencontres avec les associations de paysannes, participation aux émissions de Radio Pachamama, vie quotidienne dans cette jolie ville, "capitale du sourire", éloignée des circuits touristiques, ambiance qui rappelle l'Andalousie et l'Argentine toute proche : un beau moment dans mon voyage au long cours.

Comme d'habitude, cliquez sur les photos pour les agrandir.

Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija.
Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija. Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija. Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija.
Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija. Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija.

Survol du pays entre l'aéroport d'El Alto, à La Paz et Tarija.

Vue d'ensemble du centre de Tarija

Vue d'ensemble du centre de Tarija

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015
Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

RADIO MADRE TIERRA PACHAMAMA

En Amérique Latine, les radios communautaires connaissent une grande dynamique . On calcule qu’environ dix à quinze mille radios locales et communautaires émettent dans la région. Certaines légales, protégées par la loi, d’autres clandestines, luttant pour obtenir leur légitimité avec l’appui des communautés. Dans certains, ces radios sont victimes de répression, dans d’autres elles sont autorisées mais sous des conditions drastiques qui limitent la portée de leur transmission. Des pays tels que le Venezuela, l’Equateur, ou l’Uruguay ont néanmoins compris l’importance de ces médias dans le processus de développement et de changement social. En Bolivie, L’État Plurinational appuie la création de médias communautaires et l'expression de ces voix émergentes longtemps réduites au silence. La nouvelle Loi de Télécommunications accorde un tiers des fréquences radios et télévision aux populations indigènes et paysannes, les deux autres tiers étant assignés de manière égalitaire aux médias privés et publics. L’inauguration de la radio Madre Tierra Pachamama le 12 avril 2014 en présence du président Evo Morales Ayma a été un grand événement car cette radio représente un espoir pour les femmes de pouvoir partager librement leurs expériences. Mais avant d'arriver à ce résultat, le chemin a été long: le projet de Radio Pachamama a vu le jour en 2012, à l’initiative de Julia Ramos, responsable des Bartolina Sisa dans la région de Tarija. C’est grâce au soutien de France Amérique Latine et de ses bénévoles qui œuvrent chaque jour solidairement à la recherche de financement, que le rêve a pu se concrétiser.

L'émetteur de Radio Pachamama est situé à Tucumilla, en pleine campagne et en altitude à quelques kilomètres de la ville; sa position permet aux auditeurs de tout le département d'entendre les émissions musicales, informatives et culturelles diffusées depuis les studios qui se trouvent dans une dépendance de la maison de Julia et Alejandro.

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015
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Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

LE PROJET RADIO DES "BARTOLINA SISA"

La confédération des femmes paysannes et indigènes de Bolivie "Bartolina Sisa" est une organisation créée en 1980 qui vise à promouvoir les droits des femmes indigènes dans un pays où elles sont fortement marginalisées. Elle regroupe 1 million 700 000 femmes de tout le pays. Elle tire son nom de la combattante aymara, Bartolina Sisa qui, avec son mari Tupac Katari, a mené une révolte contre le pouvoir colonial espagnol au XVIIIème siècle. Le nom de Tupac Katari a été donné au satellite bolivien qui permet la diffusion des programmes de la radio.

Les Bartolinas luttent depuis des années, pour la participation active des femmes paysannes et indigènes dans la vie politique, économique et sociale du pays. Cependant, la présence dans l’espace public des Bartolina Sisa restait très limitée et, les média privés relayant très peu les informations liées aux peuples indigènes et paysans, les Bartolina Sisa ont du mal à faire entendre leur voix parmi celles des élites économiques. Ainsi le droit à la communication et la participation à la vie politique du pays sont devenus des priorités pour la Confédération qui a décidé de renforcer sa présence médiatique et d'atteindre les communautés les plus reculées. La première partie de ce projet a consisté en un atelier pendant lequel les femmes de la confédération ont appris à parler devant une caméra et à répondre aux interviews des journalistes, afin de surmonter leur timidité face aux micros et de faire passer leurs messages de manière plus claire à la population bolivienne. D’autres ateliers les ont formées aux nouvelles techniques de communication et d’information, à internet et aux réseaux sociaux. Ce projet inclue l’approvisionnement de chaque fédération en matériel informatique afin de créer des pôles locaux capables de relayer les informations et les opinions de la confédération. Par la suite d’autres projets de programmes radios ou télévisés dirigés par les membres de la confédération devraient voir le jour et continuer de renforcer le processus de prise de pouvoir des femmes paysannes et indigènes de Bolivie. Lorsque j'étais à Tarija, une jeune membre du groupe, se formait aux techniques de tournage dans le but de créer une télévision communautaire.

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

Chez Julia et Alejandro, entre réunions du syndicat de paysans, émissions de radio et assemblées communautaires pour monter des projets, la vie est trépidante. Pas le temps de s'ennuyer, ni de se reposer.

Julia Ramos n'a pas une minute à elle, mais c'est une battante et une vraie boule d'énergie: "Je suis née dans une petite communauté quechua de paysans pauvres où il n’y avait pas d’école et je n’ai pas eu l’opportunité d’apprendre à lire et à écrire. Cependant, je me suis engagée activement aux côtés des miens dans l’organisation collective de mon village. Plus tard, j’ai décidé de défendre mes droits de femme et de paysanne indigène en intégrant les Bartolina Sisa et j’ai appris à lire et écrire dans les luttes. En 2006, j'ai été élue députée. Avec l’élection d’Evo Morales, je suis devenue Ministre des Terres et j'ai participé à la rédaction de la nouvelle Constution. Depuis la fin de mon mandat en 2010, je suis secrétaire nationale des Bartolina Sisa et je me consacre à monter des projets de développement rural avec les groupes de paysannes de Tarija."

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

Pas trop le temps d'être aux fourneaux! Mais la ville est remplie de petits "comedores populares" où on se régale du pastel de queso con api, pescado a la plancha, chancho asado et autres spécialités arrosées du bon vin de la région, célèbre pour ses vignes d’altitude qui s’élèvent jusqu’à 2 800 mètres et ses bon crus qui, sans encore rivaliser avec les productions chilienne et argentine, se laissent boire: Campos de Solana, Aranjuez, Concepción, Singani Casa Real....

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015
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Réunions de femmes paysannes près de Tarija. Á l'ordre du jour: concrétisation de projets agro-écologiques et préparation du congrès national des Bartolina, qui doit avoir lieu à l'autre bout du pays, à Cobija, au fin fond de l'Amazonie.

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Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015

COMPAÑERO EVO

Surprise et point d'orgue dans ce séjour militant: Evo Morales en personne, qui était en visite dans le sud du pays, est venu à Tarija pour inaugurer le congrès du syndicat paysan. Un président de la République en bras de chemise qui fait un discours sur la vie quotidienne des campesinos, face à une assemblée populaire, dans une modeste salle de sports où tout le monde peut entrer sans montrer patte blanche, avec juste 3 ou 4 policiers à l'entrée, c'est un spectacle assez étonnant en comparaison des cérémonies et mille précautions qui encadrent les déplacements du moindre sous-secrétaire d'état dans notre pays. On peut critiquer certains aspects de sa politique mais l'une des grandes victoires est bien d'avoir contribué au rétablissement de l'égalité et de la dignité de toute une population jusqu'alors marginalisée, stigmatisée, exclue de la vie publique et victime de racisme.

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SAN LORENZO

Vous l'aurez compris, je n'ai pas fait beaucoup de tourisme à Tarija! Juste une petite escapade au joli village colonial de San Lorenzo pour la fête annuelle en l'honneur du saint patron. Pas très diététique, le menu dans les stands autour de la place: chancho frito, chicharones, alfajores, hojastras, empanadas blanqueadas! Mais tout est succulent et servi dans une ambiance bon enfant.

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015
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CHUNCHOS ET CAÑEROS

Pendant la fête de San Lorenzo: musique traditionnelle jouée par les "cañeros" et "tamboreros", procession dans tout le village et danse des "Chunchos".

Les vêtements des chunchos rappellent la tunique et le masque portés par les malades de la lèpre, pour éviter la contagion. Hospitalisés au XIXème siècle dans un lazaret près de Tarija , lorsqu'ils descendaient à la ville, ils annonçaient leur présence avec une sorte de flûte géante en cane qui émettait un son strident; les tarijeños laissaient alors du pain et de la nourriture dans la rue et s'enfermaient chez eux, pour éviter le contact avec les lépreux. Les chuncheros accompagnent le saint patron dans les rues de San Lorenzo; l'austère tunique des lépreux du passé a adopté les couleurs et les plumes traditionnelles des peuples indigènes de la région. Encore une fois, le syncrétisme à l'oeuvre.

Á découvrir en laissant défiler le diaporama ci-dessous.

Tarija avec Julia, Radio Pachamama, Evo et les chunchos. 8/12 août 2015
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Prochain épisode: le sud Lípez et le salar de Uyuní. No se lo pierdan....

Paulette 25/10/2015 15:35

Coucou la belle,
Tu es pourtant de retour...et je me régale toujours autant !
Besitos,
Paulette

Cathy Ferré 26/10/2015 08:43

Merci Paulette. Et oui je triche un peu et je finis ce blog après mon retour.C' était dur de garder le rythme de l' écriture pendant le voyage avec souvent des connexions capricieuses. Je rattrape le retard et j'essaye de boucler les derniers épisodes pendant les vacances d'automne. Besos

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